Oedipe-Roi à l'indienne... ça donne quoi ?
C'était une première... et quelle première !! Sophocle cuisiné par des Indiens venant du Kerala, région à l’ouest du Tamil Nadu (là où je suis). Dans cet état se joue le Kathakali, une forme de théâtre dansé... très différent de notre "comédie française" !!
Traditionnellement, les représentations de kathakali débutaient la nuit et se terminent au lever du Soleil. Actuellement, elles peuvent ne durer "que" 3-4h...
Sur scène, en permanence 2 chanteurs et 2 musiciens. Les instruments sont uniquement des percussions : le chenda (gros tambour frappé avec deux baguettes) et le madallam (tambour à deux peaux frappé avec les deux mains). Pas de décor particulier et le rideau était apporté et tenu, à chaque changement de scène, par deux indiens des coulisses.
Le jeu des acteurs est un entre-deux entre la danse et le mime. C’est assez surprenant car il n’y a pas beaucoup d’actions ; les chanteurs répètent 5 ou 6 fois la même phrase pendant que les acteurs la miment de manière différente 5 ou 6 fois. Les acteurs ne s'expriment jamais oralement, mais toujours au travers de la gestuelle, des mimiques et du rythme de la danse. En général, il n'y a qu'un acteur sur scène. Dans les rares couples de personnages, c'est surtout la danse qui tient lieu de dialogue.
Quant au maquillage et aux costumes, eux non plus ne ressemblaient pas du tout aux nôtres…
Les maquillages sont très complexes et leur élaboration demande 3 à 4h de travail avant la représentation. Ils sont réalisés à partir de pâtes de riz, de minéraux pigmentés ou de poudres végétales et masquent complètement le visage des acteurs selon des symboles de couleur très codifiés.
Les personnages de Kathakali sont généralement classés en cinq catégories représentées en partie par le maquillage :
- Minukku : Un mélange de jaune et de rouge recrée la couleur naturelle de la peau → personnages féminins vertueux ou des brahmanes.
- Pacha : la couleur verte prédomine → dieux, héros de l’épopée.
- Katti : le vert reste la base du maquillage mais rehaussé de rouge sur les joues et d’un nez rond blanc → violents, ambitieux, égocentriques.
- Taadi : personnages barbus qui se distinguent en trois catégories : les barbus blancs, vertueux et héroïques ; les barbus rouges, êtres abominables et les barbus noirs, voleurs et brigands.
- Kari : le noir prédomine → démons.
Les lèvres sont peintes en rouge, avec deux petits ronds peints sur les deux côtés, également en rouge.
Ils ajoutent aussi, dans leurs yeux, un produit pour les faire rougir, ce qui accentue le contraste avec le masque de couleur qu’ils portent désormais pour toute la représentation. Qu'est-ce qu'il doit faire chaud là-dessous... ! Et en plus, impossible d'essuyer son front dégoulinant sans se repeindre la main !!
Les costumes sont aussi très chargés. En deux mots, jupe disproportionnée et couronne coiffure dont l’équilibre semble aléatoire (pour tous les rôles masculins).
A cette jupe cloche, qui se termine au-dessous des genoux, s'ajoute le corset blanc ou coloré. La simplicité n'existant pas en Inde... le corset est enrichie par de nombreux ornements : des rubans colorés, de longues écharpes blanches et rouges auxquelles sont attachés de petits miroirs en forme de clochettes que l’acteur manipule au cours de son jeu.
Autour des chevilles, donc bien visibles, sont attachées des clochettes qui rythment le moindre mouvement des jambes. Des ongles longs en argent déforment la main gauche qui garantissent un effet presque élégant ou un caractère féroce suivant le personnage.
A tout cela s'ajoute la coiffure, semblable à un cône entouré d'un disque doré et coloré.
Le costume des femmes est d’une simplicité et d’un réalisme qui contrastent avec la richesse opulente et bariolée des costumes masculins.
Une sorte de sari, large pièce d’étoffe blanche ou de couleur pastel, retombant jusqu’aux pieds, un corset de la même couleur, un voile qui couvre les cheveux et s’achève sur les épaules, des colliers et d’autres ornements, sans excès.
Au fait, j'ai oublié de préciser que les rôles féminins sont joués par des hommes... Pas de femmes dans les troupes kéralaises !!
Et en image... la version d'Oedipe-Roi à l'indienne... ça donne ça !!
Alors... vous avez devinez qui est qui ???
(A gauche : masque vert → héros → Oedipe - A droite : femme → Jocaste)
Vous vous doutez qu'au début c’est un peu spécial... mais on s’y habitue très vite !! Faut juste à la base devinez qui est sur scène... !




